On doit aux autorités coutumières de l'aire Xaracùù, l'endurance voire l'entêtement à défendre une idée bidécennale d'implanter, au delà de la chaîne centrale et des lourdes chaînes mentales, un maillon éducatif à la fois essentiel et indispensable, celui d'un lycée au centre de la Grande Terre. Un premier élément structurant susceptible d'engager la réflexion sur la création d'une 4ème province à part entière qui ne soit plus au Nord de la Province Sud et au Sud de la Province Nord. L'histoire retient déjà que lors du voyage du Premier Ministre Michel Rocard en 1988, un premier mémorandum pour un tel établissement lui fut remis. En 1996, une réflexion globale sur l'enseignement secondaire sur la commune de Bourail concluaient déjà à la pertinence d'un lycée d'enseignement général dans cette partie de notre pays pour lequel une enveloppe de 18 millions cfp avait été votée en 2001 par son conseil municipal pour une étude de faisabilité. Plus proche de nous, en 2008, la thématique refait surface au cours de la campagne électorale des municipales avec une acuité renouvelée.
Un lycée au centre de notre pays n'est donc pas une lubie récente motivée par d'improbables opportunités du moment. Comme d'autres, l'idée d'un lycée au centre de notre pays, est un projet ancien mais tellement moderne et plein de promesses qu'il en devient aujourd'hui nécessaire à plus d'un titre.
Mandaté par les coutumiers, le cabinet d'architecture de M. Macate Wénéhoua, a dressé en l'espace d'un mois une étude détaillant les arguments démographiques, éducatifs, économiques et sociaux, en faveur d'un lycée du centre. Leur conclusion là aussi justifient un tel investissement tandis que la belle unanimité de l'ensemble des institutions et des groupes politiques, réunis jeudi dernier à la Province Sud achève de légitimer cet indispensable outil d'émancipation.
Mais toute la mesure du projet réside sans doute dans son architecture et dans son esprit afin de répondre au mieux à cette impérieuse question : Que voulons-nous pour nos enfants futurs citoyens libres et éclairés? Nous voulons un lycée à dimension humaine qui puisse réduire les distances et abréger les trajets de et entre ses élèves; nous souhaitons un lycée qui fasse la promotion, derrière les contingences chiffrées, d'un enseignement revisité avec des formations répondant réellement aux besoins de l'espace considéré et aux populations concernées; nous voulons un lycée exempté de l’arbitraire des normes européennes afin de proposer dans son restaurant scolaire des produits océaniens et des aliments cultivés localement; nous voulons un lycée où tous les personnels n'occupent pas seulement des postes budgétaires mais d'abord des métiers de convictions; nous voulons un lycée ouvert sur le monde qui fasse la part belle aux enjeux de demain et non à la satisfaction de vieux slogans décalés; nous voulons un lycée avec un internat d'excellence où le talent de chacun profite à tous; nous voulons un lycée où pour réussir, il ne faille pas obligatoirement passer par l'échec...;nous voulons un lycée dont les apprentissages participent activement à l'édification du futur citoyen de la Nouvelle-Calédonie; nous voulons un lycée nouveau qui ne soit pas le vulgaire et insipide calque des non-sens d'un système trop lointain; nous voulons un lycée qui nous ressemble et nous rassemble; nous voulons un lycée qui responsabilise ses élèves en développant leur autonomie de gestion, de décision et d'action; nous voulons un lycée dont le contenu des enseignements soit ancré dans la dure réalité du monde qui nous entoure ; nous voulons un lycée calédonien en Calédonie; nous voulons un lycée qui ne soit pas une cathédrale en plein désert mais un lieu simple et fonctionnel propice aux études; nous voulons un lycée qui vive au rythme de sa terre d'accueil et aux aspirations de ceux et celles qui le fréquenteront sans distinction. Oui, nous voulons un lycée au centre de notre pays!
Un lycée digne d'une académie du Savoir et de l'Être au fronton duquel il soit inscrit: “Nul n'entre ici s'il n'est géomètre du destin commun et topographe de l'Accord de Nouméa!”
Olivier Houdan
Adjoint au Maire de Bourail
Article paru dans l'hebdomadaire Les Infos, n°393 du 25 juin 2010.
