Nos ancêtres agriculteurs avaient raison: le maintien de la végétation le long des berges des rivières est un impératif. Jadis, la mauvaise idée, de couper les bouraos, bois de fer ou “pommiers kanak” présents au bord des cours d'eau, ne serait venue à personne, tant la chose paraissait stupide et illogique. Nos ancêtres avaient raison car ils avaient surtout du bon sens.
On s'étonne aujourd'hui de l'envasement des creeks et des rivières et/ou l'ensablement des estuaires et des embouchures. A Bourail, la Néra était navigable sur plus de 5 kilomètres du poste de mer jusqu'à l'entrée du village! On s'étonne du niveau des inondations et de leurs ravages. Ne cherchez pas trop loin les évidences. L'érosion provoquée par l'exploitation minière, les défrichements incontrôlés, l'élimination du couvert végétal, la destruction des forêts originelles mais aussi les habitudes liées au manque d'abreuvoir dans les pâturages et à l'agriculture jusqu'au bord du champ, entraînent depuis plus de 50 ans, un terrible constat: la terre calédonienne part à la mer!
Le sol à nu sur des berges sans racines est arraché à chaque crue et provoque de manière inexorable, un recul des terres arables et une lente réduction des surfaces cultivables. Dernièrement, sur la rivière Boghen, une conduite d'adduction d'eau provenant du forage de la Taraudière était à l'air libre et menacée d'être emportée à la prochaine crue avec le risque de priver ainsi, du précieux liquide, des centaines de consommateurs bouraillais. Sous la conduite de la Direction de l'Environnement et du Génie rural, des travaux de consolidation de berges ont été menés auxquels, il manquait une revégétalisation digne de ce nom.
C'est chose faite depuis mercredi matin grâce à la mobilisation de la Commission municipale “Environnement et Développement durable” animée par Olivier Houdan, adjoint au Maire et au Service des espaces verts communaux en les personnes de Mérick Zarino, Lionel Kaoupa et les stagiaires Didier Moinbeu et Nicolas Tarquin, renforcé par M. Olivier Jullien, Andrée et François Planche. En moins de trois heures de temps, 557 brins de vétiver ont été plantés sur une surface d'environ 500 m2. Reconnu pour son développement racinaire rapide et profond, le vétiver (Vetiver zizanioides ou Vetiver nigritana) dont le nom provient du Tamoul Vettiveru est l'arme idéale contre l'érosion des sols. Ce type de chantier en plein air, avec la protection de l'environnement pour principal objectif et le travail collectif comme condition de la réussite est bien entendu à renouveler, à développer et à généraliser. Tout le monde y gagnera.
Olivier Houdan
Texte publié dans le quotidien les Nouvelles Calédoniennes en juin 2010 avec le concours de Nadège Bege, correspondante LNC.
Le vétiver est une plante très peu exigeante et, bien que préférant les milieux humides, il peut également prospérer en zone sèche. Capable de supporter des sécheresses importantes, le vétiver apprécie néanmoins une période annuelle de 3 mois de pluie et résiste parfaitement à des inondations importantes. Aimant la pleine lumière pour bien se développer, le vétiver préfère les sols profonds et sablonneux mais s'adapte à toutes les qualités de terre, même à forte teneur acide ou alcaline. Hautes de 1 à 3 mètres, fortes, droites, unies et très nombreuses, les tiges de vétiver poussent rapidement. Ses racines très longues s'enfoncent tout droit dans le sol, sur plusieurs mètres, sans s'étendre en largeur. Des agriculteurs du monde entier tirent profit des profondes racines du vétiver pour prévenir l'érosion des sols et retenir la terre dans leurs champs, le long des fossés, sur les berges des canaux ou sur les flancs des collines. Planté en haies serrées pour délimiter les parcelles, le vétiver assure la stabilisation des terrains et empêche la destruction des sols par ravinement lors des fortes pluies, constituant en cela une arme de choix dans la lutte contre la désertification. Son usage permet également de conserver l’humidité nécessaire aux cultures car ses profondes racines favorisent l’infiltration des eaux de pluie et préviennent leur ruissellement.
