Il y a 35 ans, aujourd'hui, les Accords de la Vallée des colons étaient actés entre le Front indépendantiste et les progressistes de la FNSC. Ils allaient porter au pouvoir le conseil de gouvernement Tjibaou qui oeuvra jusqu'au 18 novembre 1984. Voici le texte de leur plateforme minimale. Rappelons par ailleurs que lors du renouvellement du bureau de l'Assemblée territoriale, le 21 avril précédent et conformément à leur entente avec le RPCR, les élus de la FNSC proposèrent et participèrent à l'élection de Jean Lèques au perchoir mais également contribuèrent à l'élection d'élus indépendantistes au sein du bureau. Ce qui fit et fut un scandale à l'époque est aujourd'hui, une obligation quasi institutionnalisée à laquelle personne dans l'hémicycle de 2017 ne penserait à s'y soustraire.
Contrat de gouvernement entre le Front Indépendantiste
et la Fédération pour une Nouvelle Société Calédonienne.
18 juin 1982
Considérant les réformes nécessaires et reconnues par l’ensemble de l’Assemblée territoriale, tous groupes confondus.
Considérant que tout retard, blocage, différé dans ces réformes ne peut que conduire à la création d’un climat de défiance, de désengagement économique, voire d’affrontement et en tous les cas néfastes au développement de la Nouvelle-Calédonie.
Considérant que l’égalité des chances doit être donnée à tous les habitants du pays.
Considérant la distorsion économique existante entre les différentes régions du Territoire et à l’intérieur des différents groupes sociaux quelle que soit leur ethnie.
Considérant la volonté profonde de paix et de développement qui anime la majorité des habitants du pays.
Considérant que la représentation politique actuelle du Territoire ne permet à aucune organisation politique de s’autoriser une majorité susceptible de faire triompher telle thèse contre telle autre.
Considérant la volonté manifestée par le gouvernement français d’aider aux réformes dans le respect des institutions du Territoire.
Les partenaires dans le respect des programmes respectifs sur lesquels ils ont été élus, constituent le Conseil de gouvernement de la Nouvelle-Calédonie.
Les membres du Conseil de gouvernement décident, sans renoncer à leurs options politiques fondamentales, de ne pas utiliser le Conseil de gouvernement pour faire des déclarations susceptibles de remettre en cause l’esprit de coopération né le 21 avril.
Les membres du Conseil de gouvernement reconnaissent que les solutions politiques et économiques appartiennent aux Calédoniens.
Les membres du Conseil de Gouvernement considèrent que l’ Etat français demeure le seul interlocuteur valable pour discuter des problèmes institutionnels, politiques et économiques du Territoire.
Les objectifs du Conseil de gouvernement sont donc:
De montrer aux habitants du Territoire dans le respect de leur diversité de faire cesser l’esprit de méfiance et de combattre les extrémismes de tous horizons qui cherchent à dresser les Calédoniens, les uns contre les autres.
De faire cesser la politique de désengagement régional, qui risque de conduire à une division du pays en zones ethniques.
Pour cela le Conseil de gouvernement :
1) - s’engage à mener à bien la Réforme foncière, telle que définie par la loi;
2) - s’engage à contribuer au développement de l’Intérieur et des Îles en favorisant les diverses régions du Territoire, étant données les perspectives connues et les possibilités;
3) - s’engage à permettre à tous les habitants du Territoire, une maîtrise économique de ce Territoire dans les domaines de l’économie: rurale, minière, touristique, artisanale, commerciale, des transports de l’énergie;
4) - s’engage à mettre en place le plus rapidement possible un Comité économique et social représentatif de tous les partenaires sociaux économiques;
5) - s’engage à promouvoir dans l’Intérieur et les Îles, en décidant une politique préférentielle d’allègement des charges sociales permettant l’établissement d’entreprises dans les régions du Territoire actuellement insuffisamment pourvues;
6) - s’engage à faire appel à la solidarité de l’Etat français pour une politique non pas d’assistance mais de véritable coopération.
Les membres du Conseil de gouvernement sont conscients que leur unité est nécessaire pour mener à bien cette tâche et que toute décision ne doit pas être la primauté de l’un sur l’autre, mais bien le résultat d’un consensus.
A la fin de ce contrat de bonne volonté prévu pour une année renouvelable, un bilan sera dressé et il appartiendra alors de voir si les buts fixés ont été atteints, quelle suite il faudra ou non lui donner, et de quels moyens institutionnels, politiques et économiques il faudra alors doter la Nouvelle-Calédonie.
