Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

France ou métropole?

 

Quand l’on parle de l’Hexagone, doit-on dire ou écrire la “France” ou la “métropole”? Certains vous répondrons qu’ils sont synonymes en vous reprochant d’oser discuter de la nuance surtout lorsque celle-ci propose une réflexion de fond, toujours annonciatrice d’une remise en cause (ou en question, c’est selon). Ainsi, simplement poser la question, ne peut qu’être suspect aux yeux des tenants du “tout France” ou plus précisément du “tout sauf l’indépendance” et digne d’intérêt pour les partisans du “tout sauf la France”... La question mérite t-elle seulement d’être soumise à la réflexion? Oui, si l’on considère l’évolution politique et institutionnelle de la Nouvelle-Calédonie depuis 1946. Non, si l’on continue de penser sans aucun doute possible que la Nouvelle-Calédonie, c’est assurément la France; qu’il en est ainsi depuis 1853 et qu’il en sera ainsi ad vitam aeternam. Immanquablement donc, oser la nuance, induit l’irruption du sempiternel débat binaire entre partisans de l’indépendance et partisans de la République Française avec pour décorum pluridécennal, la peur du Noir, le racisme anti-blanc, la suppression de l’indice de correction, le départ forcé après des générations de présence, la ruine après des décennies d’investissements moraux et matériels ou la menace de la politique de la terre brûlée: cette liste pouvant se lire indépendamment par les uns comme par les autres... Si la métropole existe, alors comment se fait-il qu’une lettre destinée à un correspondant métropolitain avec la mention manuscrite “métropole” n’arrive pas à destination? Comment expliquer que sur les véhicules d’occasion en provenance de la métropole et récemment débarqués d’un porte-conteneurs, on distingue un autocollant ovale avec la lettre “F” en noir sur fond blanc? Pourquoi sur tous les emballages de produits fabriqués dans l’Hexagone, aucune adresse ne mentionne “métropole” comme pays de provenance, ne précise “Made in Métropole” ou “Fabriqué en Métropole”? Pourquoi sur les documents officiels n’apparaît jamais le mot “métropole” lui préférant celui de “République Française”. A quel esprit tortueux viendrait l’expression de “République métropolitaine”? Pour quel grand corps malade, M. Dassonville serait le Haut-Commissaire de la “métropole” en Nouvelle-Calédonie? Quelle carte dans quel atlas indique “métropole” en lieu et place de la France? Manifestement, la vie quotidienne, la mercatique, le commerce, la Poste et l’Administration ignorent superbement le terme “métropole” comme référence puisqu’ils n’y font pas expressément mention! Entre sémantique et politique, il n’y a qu’un pas que beaucoup accepte ostensiblement de franchir. Mais plus que l’entêtement des idéologues, la géographie renvoie les différentes parties en présence dans les vestiaires de leur propre incohérence. Nombreux sont les exemples de par le Monde, où le pouvoir politique et son cortège d’idéologie mû par une volonté de puissance, d’affirmation nationaliste, de reconquête territoriale voire de mainmise sur un gisement potentiel de matières premières énergétiques ou halieutiques, utilise la Géographie pour faire de la Politique, voire pour faire la Guerre aussi: l’Arabie Saoudite baptisant “golfe arabique” l’espace maritime que les Iraniens ont toujours dénommé “golfe persique”; les atlas argentins inscrivant “archipel des Malouines” là où les universitaires d’Oxford ne voient que les “Îles Falkland”. Les exemples sont légions. En Nouvelle-Calédonie, il est de bon ton, en fonction du public présent et du sentiment qui y prédomine, d’user plutôt du mot “métropole” que celui de “France” et vice versa: un représentant du vice-rectorat invité lors d’un congrès syndical d’enseignants recueille une salve d’applaudissements en motivant son choix pour le mot “métropole”; à l’opposé, un journal d’obédience séparatiste, fait la part belle au vocable “France”. L’utilisation de l’un ou de l’autre dresserait (consciemment?) une frontière dogmatique intangible. Historiquement, quand la France prend possession de la Nouvelle-Calédonie, il va de soi que l’irruption du mot “métropole” à ce moment précis aurait été incongru et anachronique: la prise de possession inaugurant la période coloniale, la Nouvelle-Calédonie devient colonie et la France prend automatiquement le titre de métropole à l’issue du discours du contre-amiral Febvrier-Despointes. La “métropole” du grec mêtêr, la matrice, la mère et polis, la cité, est par extension bien comprise, la cité-mère, la mère patrie voire la puissance colonisatrice par rapport à ces territoires extérieurs qu’elle a annexés ou fondés. Combien de jeunes calédoniens ont été séduits à partir de juin 1940 par la France libre de De Gaulle? Combien de milliers étaient-ils devant France-Brésil un certain 12 juillet 1998? Là, point de “métropole libre” ou de “métropole”-Brésil! Au premier abord, le mot “métropole” et l’idée qu’elle sous-tend n’est pas d’extraction géographique mais établit plutôt un lien de domination, parfois de dépendance toujours empreint de déférence ou de nostalgie par rapport à la cité que l’on a quittée. C’est un mot éminemment politique avec un prolongement mental particulièrement soutenu. Le verbaliser, c’est visualiser le point de départ et le lien qui nous y attachent. Faire vivre le mot “métropole”quand on est en Nouvelle-Calédonie, c’est apparemment ne pas vouloir couper le cordon avec la France. Ce qui peut se comprendre. On ne peut alors s’étonner que pour le fonctionnaire métropolitain expatrié dans ces contrées lointaines, il est nécessaire à plus d’un titre de conserver les privilèges accordés par la métropole via l’argent versé par la France! Il est intéressant de constater ô combien, la terminologie change au grès des intérêts. A quel moment précis, les impôts du contribuable métropolitain deviennent de l’argent en provenance de la France? Seulement, quand ces sommes atteignent les poches de ceux qui en profitent goulûment? et qui se réclame des valeurs de la France éternelle et des principes fondateurs de la République, en proportion de l’indice de correction. Indice que l’on se refuse de mettre à l’index: il est le plus sûr allié des promoteurs de la présence française. Cette dernière, et la construction spirituelle qui en émane, résistera t-elle d’ailleurs à l’abolition programmée des privilèges ultramarins et aux largesses de la défiscalisation? Les ultras du mot “métropole” qui ne conçoivent pas de voter dans l’obscurité de la nuit du 4 août, en viennent à confondre les devises. En floutant l’une pour la netteté de l’autre. Passant consciemment de la Liberté acquise pour l’impossible rupture des transferts financiers, de l’Egalité promise pour les privilèges catégoriels voire corporatistes et de la Fraternité recherchée pour l’individualisme exacerbé. Mais ils crieront probablement “France au secours” quand le robinet métropolitain réduira son flux. A coup sûr, les thuriféraires de la conservation des privilèges de la “métropole”, rétifs à toute idée même de changement en la matière, n’ont pas grand chose à voir avec la France de Victor Hugo, avec la France des “Lumières”, avec les idéaux des premiers temps de la Révolution française, avec la France humaniste de Schoelcher, de Monnet ou de Cassin; avec la France des Partisans du Vercors et encore moins avec le discours gaullien de Brazzaville, de Guy Mollet en 1956 et plus près de nous, d’Evenor de Greslan à Tiaoué en 1963 sur le renoncement au colonialisme en terre calédonienne et à l’évidence avec le préambule du traité de paix signé à Nouméa le mardi 5 mai 1998. Alors doit-on dire ou écrire “France” ou “métropole”? Lors de son avant-dernier séjour, Yves Jégo, secrétaire d’Etat à l’Outre-Mer n’a t-il pas parlé de l’avenir de la Nouvelle-Calédonie avec la France... au moment où la diplomatie française s’active pour l’organisation en 2009 du sommet “France-Océanie”... L’idée même de “métropole” a du plomb dans l’aile pour une cité-mère qui accompagne une de ces cités-filles vers son émancipation. Une cité-mère qui n’a plus grand chose à voir avec l’idée de mère-patrie que s’en faisaient nos valeureux anciens combattants ou les fonctionnaires de la IIIème République: preuve s’il en est que la distance géographique distend les liens politiques: la Géographie tiendrait alors sa revanche sur le Politique, invité désormais, entre autres, à favoriser la politique régionale de la France dans le Pacifique... Olivier Houdan citoyen calédonien. Texte publié dans l'hebdomadaire "Les Infos" en février 2009.

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :