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Domaine de Déva, Bourail, côte Ouest de la Grande Terre, Nouvelle-Calédonie.

Domaine de Déva, Bourail, côte Ouest de la Grande Terre, Nouvelle-Calédonie.

I. Remarques préliminaires.

L’approvisionnement en sable de construction est un problème récurrent en Nouvelle-Calédonie. Malgré son environnement marin, le sable est au cœur d’un système qui synthétise tous les paradoxes d’un pays émergent: assurer   le   développement économique   dans   une configuration   sociétale   où   les   exigences   de   protection de l’environnement sont de plus en plus intégrées dans les processus de construction mentale à la base de tous projets d’aménagement quelqu’il soit.

Depuis ces vingt dernières années, tous les projets d’extraction de sable qui visaient les besoins des aménageurs ont tous fait l’objet, à quelques exceptions prêts, de critiques virulentes et d’oppositions farouches de la part des particuliers, riverains des sites d’extraction ou bien des associations ou groupement d’associations environnementalistes.

- Le projet d’extraction de sable lagonnaire en 1993, dans la région de l’îlot Ténia, heureusement abandonné en est une illustration qui, à l’époque, avait défrayé la chronique;

- L’extraction de sable de plage au Nord de l’île de Maré en 1997 par l’entreprise Gallo à destination du Vanuatu et de Nouméa résume à lui seul la rencontre dommageable entre le profit facile et immédiat et l’absence totale de prise de conscience environnementale et de mesures subséquentes visant à limiter les impacts;

- Le projet d’extraction de sable “terrestre” en 2007, à la pointe Vidoire à Bourail par un particulier, abandonné suite à une forte mobilisation populaire, a montré une nouvelle fois, l’acuité du problème;

- Les six refus de la Province Sud concernant un projet d’extraction de sable sur la presqu’île Lebris à La Foa par un particulier, démontre également que la collectivité publique peut faire preuve d’un argumentaire étayé pour interdire l’extraction de sable.

Aujourd’hui et présentement, le projet d’extraction de sable à l’endroit du site dénommé “champ Barbier” sur le domaine provincial de Déva n’échappe pas à cette série de constats qui sous-tend une problématique plus vaste: Développement et Environnement. Développement ou Environnement?

Comme spécifié dans le rapport d’enquête, les besoins en sable de construction pour le développement spectaculaire du secteur du Bâtiment et des Travaux Publics sont évalués à environ 100 à 120.000 m3 par an pendant une période d’au moins 15 à 20 ans. Ces besoins doivent servir à alimenter le domaine du bâti individuel ou collectif (la loi de programmation outre-mer et les nouvelles orientations des mécanismes de défiscalisation outre-mer font la part belle à une politique de logement social visant la résorption de l’habitat précaire et insalubre), les chantiers  d’aménagement concerté (ZAC Panda, Dumbéa-sur-mer, presqu’île de Nouville), la modernisation des infrastructures publiques (Médipôle de Koutio, doublement de la voie express à péage projeté jusqu’à Tontouta, extension de l’Aéroport international de La Tontouta, projet de barrage hydroélectrique de la Ouaième, etc.) et les projets liés à l’industrie métallurgique (VKP, usine du Nord). Eviter la rupture entre l’offre et la demande de sable semble donc être une nécessité des pouvoirs publics afin de ne pas enrayer la machine économique calédonienne, très largement organisée à l’intérieur d’un triangle vital dont les sommets sont le Nickel - le BTP - le secteur tertiaire avec pour axe de rotation, la défiscalisation.

En Nouvelle-Calédonie, comme dans d’autres régions maritimes ou insulaires, la solution la plus commode consiste donc à extraire le sable en bord de mer ou sur les îlots, d’autant que les ressources paraissent à première vue inépuisables. Paraissent. Car, il n’en est, bien évidemment, rien. Le sable présent en quantité sur les littoraux de la côte Ouest de la Grande Terre est un matériau fossile accumulé depuis des millénaires et concentré en certaines “poches ou gisements” du fait de la dynamique des courants, de la variation du niveau de la mer par son élévation ou son recul sur de longues périodes et de la modification du trait de côte, ouvrant ou emprisonnant, de vastes surfaces de sable au gré des aléas climatiques, des phénomènes de crue, des glissements de terrain ou des mouvements telluriques plus anciens. Le sable est tout sauf une ressource renouvelable. Lorsqu’il est extrait de son milieu naturel, lorsqu’il est “consommé”, son remplacement ou son renouvellement est impossible à l’échelle humaine. L’impératif de développement durable, dans ce cas précis, est un vœu pieux surtout quand il s’agit de sa re-création à l’aune du temps géologique.

Nos observations portent donc essentiellement sur le site d’extraction de sable et les prolongements sociaux, économiques, humains, culturels et environnementaux qu’il va entraîner dans son sillage. Elles sont le fruit d’une consultation du dossier mis à disposition du public à la mairie de Bourail, en plusieurs lectures effectuées les jeudi 23 et vendredi 24 octobre et le lundi 3 novembre, d’une visite accompagnée et encadrée du site le jeudi 9 octobre et d’entretiens avec les populations concernées.

II. Impact environnemental du projet.

1. Déva: un site inestimable mésestimé?

Est-il besoin de rappeler, encore une fois, que le site d’exploitation se trouve à environ 180 mètres de la plage de Poé, en bordure du lagon dans une zone littorale dont tout le monde reconnaît le degré de fragilité et l’existence d’un écosystème dont la richesse faunistique et floristique n’est plus à démontrer.

Est-il nécessaire de rappeler, encore une fois, que le site d’extraction se trouve dans la zone tampon terrestre de la Zone Côtière Ouest inscrite depuis le mois de juillet 2008 sur la liste des sites naturels classés au patrimoine mondial de l’Unesco et dont les qualificatifs de “Unique”, “Universel” et “Exceptionnel” ont retenu l’attention des groupes de travail et des experts mandatés puis du public, des médias et des collectivités engagés dans le long et rigoureux processus de classement. L’aire marine de la Zone côtière Ouest représente une superficie de 256 km2 tandis que les zones tampons marine au Sud et au Nord de la ZCO s’étendent sur 535 km2.

Est-il indispensable de rappeler, encore une fois, que le site d’exploitation se trouve enserré dans une série de biotope très particulier où le couvert végétal , de par sa composition, sa situation et son empreinte dans le paysage est singulière à bien des égards et recèle des richesses dont on mesure à peine l’incroyable complexité et la forte imbrication. Il en va ainsi, de la forêt sclérophylle, dite ‘forêt sèche”, des mangroves, des formations vallicoles et ripicoles, des formations mésophiles, des formations a soulamea, des fourrés arbustifs et de la savane à niaoulis sans omettre les marécages et les marais ainsi que les creeks qui longent le site dans la partie Nord-Ouest dont aucun inventaire faunistique n’a encore été réalisé à ce jour et qui du fait de leur relatif isolement pourraient contenir des trésors inestimables de biodiversité.

Est-il incongru de rappeler , encore une fois, que le site d’extraction est situé à proximité de la faille de Poé appelée aussi faille ou canal de l’îlot Shark, lieu privilégié de reproduction de certaines espèces de poissons dont la densité n’a d’égal que l’intensité de la vie qui s’y manifeste quotidiennement et qui a, si les mangroves de la baie de Moindou l’on justifié, légitimé à elle seule l’inscription de la ZCO au patrimoine mondial de l’Humanité.

Est-il disproportionné de rappeler, encore une fois, que le site d’exploitation est situé à proximité du lagon de Poé, vaste plan d’eau de 18 kms de long sur 2,5 kms de large maximum couvrant une superficie totale de près de 2800 hectares classée réserve naturelle.

Est-il déplacé de rappeler, encore une fois, que le site d’extraction est situé à proximité de lieux de vie et d’épanouissement de l’une des plus grandes colonies de Dugong du Pacifique Sud (dont certains spécimens ont été observés en pleine mer, ce qui en fait une particularité notable et unique) en raison du foisonnement des herbiers qui ont colonisé le littoral depuis une quinzaine d’années. Sans oublier qu’au Nord de Déva, on trouve la plus grand colonie de puffins de Fouquet par sa superficie et la deuxième par le nombre de ses spécimens après celle de Pindaï. Enfin, dans un rayon de 2 km autour du site se trouve une importante colonie de 2500 spécimens de roussette sur la colline No Rouaou.

Est-il incorrect de rappeler, encore une fois, que le site de Déva accueille le plus vaste lambeau de forêt sèche d’un seul tenant de tout l’archipel calédonien et qu’à ce titre, il est l’un des 22 sites retenus dans le  programme  de protection de la forêt sèche, salué par Jacques Chirac alors Président de la République, dans son discours prononcé à la place des cocotiers à Nouméa, en juillet 2003.

Enfin, pour clore ce chapitre, nous apprenons que le projet de refonte de la réglementation des aires protégées en préparation et qui sera soumis prochainement à l’approbation des élus de la Province Sud pour une entrée en vigueur au 1er janvier 2009 (article 89 du projet de délibération) prévoit à la section 2, du chapitre 2 du titre 5 relatif aux parcs provinciaux, l’instauration à l’article 75 d’un parc provincial marin dénommé “parc de la zone côtière Ouest” et qui inclura 5 réserves naturelles dont celles de l’Île verte, de la Roche Percée et de la baie des tortues et de Poé, toutes situées à Bourail dont la dernière riveraine de la zone d’exploitation.

Nous sommes donc bien en présence d’un site unique et exceptionnel auquel on peut ajouter sans coup férir les épithètes de grandiose et extraordinaire.

2. Le couvert végétal du site projeté.

Pour  s’être  rendu  sur  place  et  avoir  pu  observé le futur site d’implantation du projet, on se doit de reconnaître le peu d’attrait qualitatif et la faible quantité d’espèces floristiques remarquables. Du fait que le site fût  autrefois exploité pour l’agriculture et/ou l’élevage et qu’il a subi une déforestation ancienne et un sous-solage, la végétation originelle y est quasi absente. Seules des espèces invasives comme le cassis, le goyavier, le faux mimosa et le basilique sauvage y ont prospéré à côté d’espèces indigènes et en particulier “l’herbe à gendarmes” dont certains spécimens atteignent des tailles impressionnantes inobservées par ailleurs. Notons la présence d’un spécimen de banian et de quelques chênes cendrés à l’endroit du périmètre d’exploitation.

Par contre, les espaces limitrophes (sur la zone maritime et en bordure de l’exploitation) se caractérisent par des lambeaux de forêt sèche avec des spécimens remarquables, dispersés, d’arbres typiques de cet écosystème. La consultation d’un ouvrage récent sur la flore littorale de notre pays a confirmé l’intérêt botanique des essences identifiées parmi lesquelles:

- le chène cendré (Planchonella cinerea);

- le raporé (Mimusops elengi var. parviflora);

- “l’arbre à cuillers” (Acropogon bullatus);

- “le bois de chou” (Gyrocarpus americanus)

- Emmenospera Pancherinum est classée VU (vulnérable) par l’UICN.

La présence de ses arbres endémiques majestueux constitue une raison suffisante pour organiser une mise en défens stricte et conservatoire des espaces boisés limitrophes contre toutes atteintes de quelque nature que se soit, par la réalisation d’un “no tractor’s land” d’au moins vingt mètres a minima dans le but de préserver le milieu.

3. Un site d’extraction partiellement situé à l’exutoire d’un bassin versant.

Certes, le bassin versant de la No Bouaou et de la No Poradémo a une faible superficie d’environ 24 km2 pour un périmètre de 24,1 km mais l’étude ne donne aucune données pluviométriques sur site ou a proximité immédiate ou à distance raisonnable. Les données mensuelles indiquées sont celles de la station climatique de Nessadiou, située à plus de 20 kms à vol d’oiseau de la zone projetée. A partir du pluviomètre de Déva (le plus proche), seules les précipitations annuelles cumulées sont communiquées. Autrement dit, on ne dispose d’aucune indication sur l’intensité des pluies, ne serait-ce que quantifiées sur 24h00 dans la zone projetée. On ne peut donc pas évaluer, le risque que pourrait engendrer un épisode pluvieux d’intensité forte à très forte sur le comportement des eaux de ruissellement en arrière du site et sur les crues des creeks cités plus haut qui alimentent en partie le marais de Déva. Il est à noter par ailleurs que la période prévue d’extraction se déroule en partie durant la période cyclonique.

4. Un refuge pour les espèces d’oiseaux du littoral.

La mangrove proche, les marais et les fourrés arbustifs constituent sans aucun doute, des refuges et des réserves de nourriture privilégiés pour de nombreuses espèces de faune sauvage, probablement des anguilles, des batraciens, des reptiles et surtout des oiseaux. Sauf erreur, nous constatons que l’étude ne dresse qu’un état parcellaire de la richesse ornithologique dont l’inventaire détaillé est un impératif préalable avant tous travaux. Si le site projeté n’est qu’un lieu de passage voire une réserve de nourriture, il n’en demeure pas moins que les espaces boisés alentours connaissent une présence et une activité des volatiles plus intense. Comme souhaité plus haut, la protection des espaces boisés limitrophes devient un impératif qui justifie amplement un périmètre de sauvegarde d’au moins vingt mètres. L’étude ne précise pas si des oiseaux migrateurs viennent nicher dans la zone ou si certains espaces sont des lieux de transit ou de repos dans un périple migratoire plus lointain. On ne pourrait alors accepter qu’un site accueillant des oiseaux migrateurs ne soit détruit ou ne subisse de tels dommages qu’il soit déserté, conformément à la Convention de Bâle.

5. L’écoulement des eaux de surface sur le site projeté.

Le sol sur le site d’extraction est sablonneux, donc très perméable, ce qui favorise l’infiltration des eaux de surface. Dans le but d’atténuer l’écoulement des eaux superficielles interceptées par la carrière, des merlons périphériques de 2 mètres de haut ont été érigées autour du site. Si cet aménagement, déjà effectué, en dehors de toute autorisation, officiellement pour éviter l’intrusion de véhicules depuis la plage, vise à “protéger” le site, on peut s’interroger sur  la gestion des eaux de surfaces périphériques et leur comportement érosif à la base de ces merlons.

L’étude fait référence en matière de gestion des eaux de surface périphériques à l’article 6 du décret du 22 septembre 1994, applicable en France et qui prévoit la mise en place d’un réseau de gestion de ces mêmes eaux, sans l’imposer (p. 56). Sauf erreur, l’étude ne prescrit pas la mise en place d’un système de gestion et de décantation. Elle parle de la mise en place d’un fossé périphérique (p. 57); d’un bassin de sédimentation (p. 59); d’un réseau de 4 piézomètres (p.60). Sauf oubli et dans le  cas  d’une  mise  en exploitation,  un ouvrage de décantation, un système d’épuration du sel et une certification des mesures opérées par un organisme agréé sont des préalables indispensables.

6. Le comportement des réseaux hydriques souterrains sous le site projeté.

Les études ont démontré la présence d’eau souterraine à partir de 2,4 mètres de profondeur. L’extraction allant jusqu’à 4 mètres se fera donc en grande partie dans l’eau, ce qui impactera inévitablement les réseaux d’eaux souterraines et pourraient avoir, par voie de conséquence, une influence in fine sur la faune et la flore. Si l’étude annonce qu’il n’y aura pas de mise à l’air libre de la lentille d’eau douce, vu qu’ “aucune lentille d’eau  douce n’a été mise en évidence au dessus du biseau salé qui traverse la zone projetée d’exploitation” (p.55), on est en droit de s’interroger sur l’hydrologie de la zone au niveau local. L’emprise du projet met en rapport deux types d’eaux fort différentes, l’eau douce et l’eau salée qui chacune évolue dans un frêle équilibre dû à leur densité, à leur courantologie, à leur nature même. L’irruption d’une activité extractive dans cette zone pourrait modifier complètement le régime des eaux et les équilibres constitués par la Nature et le Temps. Les risques d’entrave des fluides, de la rétention des sels minéraux, de l’abandon du rôle du sable en tant que filtre, de l’augmentation de la teneur en chlorure de sodium dans des zones jusqu’alors préservées pourraient avoir de multiples conséquences dont on n’imagine pas les impacts à plus ou moins long terme, sur les réseaux racinaires des grands arbres par exemple, voisins de la zone projetée. Les garanties professées doctement par l’étude: “Aucune eau souillée ne pourra donc arrivée jusqu’au lagon” (p.71), “Il est donc hautement improbable qu’une altération quelle qu’elle soit soit observée” (p. 74) ne peuvent que renforcer les doutes émis sur certains points du chapitre relatif aux réseaux hydriques souterrains.  Une fois de plus, l’homme s’apprête à jouer à l’apprenti sorcier dans des milieux fragiles et relativement méconnus.

7. Le respect du principe de l’archéologie préventive.

L’étude   fait  référence  à  l’article   41   de  la  délibération  n°14-90/APS   relative   à la protection   et   à   la conservation du patrimoine dans la Province Sud qui exclu toutes mesures réductrices se limitant  à préciser la démarche déclarative suite à la découverte de vestiges de quelque nature que se soit (p. 78). Dans une lettre en date du 19 septembre 2008, j’interrogeais le président de la Province Sud sur les mesures que la collectivité qu’il préside comptait  prendre  en matière d’archéologie  préventive  sur le  site  de   Déva.   Sachant qu’aucun texte réglementant les mesures d’archéologie préventive ne soient encore adoptés en Nouvelle-Calédonie, sa réponse, en date du 14 octobre 2008, précise  “(...)   j’ai   proposé au   GDPL  que   les  emprises   de   tous les travaux   de  construction d’un équipement ou d’un aménagement fassent l’objet d’un diagnostique d’archéologie préalable.”

Conforté, par ces engagements écrits, il n’en demeure pas moins que la garantie de la bonne application pleine et entière de ses mesures ne doit pas échapper à une vigilance accrue. La découverte, dans la deuxième quinzaine d’octobre, d’un crâne humain sur un des merlons protecteurs réalisés autour du périmètre projeté  et le constat de gendarmerie dressé ce jour, sont   des   éléments   à   prendre   en  compte   sans  toutefois  ignorer les manipulations de l’opinion via les agissements des groupes de pression face aux enjeux économiques immenses que sous-tend l’extraction du sable de Déva.

8. Le sable de mer: un sable de qualité médiocre?

“Pour garantir une bonne qualité du béton, il faut une bonne qualité des matériaux qui le constituent, dont le sable. Le sable de mer pose problème pour le béton armé, du fait de la présence de l’agent pathogène que constitue le chlorure de sodium, sauf si ce sable est convenablement lavé; Si on respectait les normes, on ne pourrait pas utiliser le sable de mer ou du littoral, notamment en matière de marchés publics lesquels renvoient à des normes métropolitaines” (cahier des charges spéciales des documents techniques unifiés -CCS-DTU -art 2.1 - 01.3.8.1 - agrégats). Il s’agit là d’une expertise qui ne laisse subsister aucun doute. Parmi les défauts du sable de mer on pourrait aussi citer une granulométrie sous optimale. Ces problèmes sont bien connus des professionnels. Au demeurant, en France, l’utilisation du sable de mer pour la confection des bétons est formellement interdite car le sel qu’il contient corrode les aciers ce qui représente un risque certain à brève ou longue échéance. On peut d’ailleurs se demander si le sable, destiné à être exploité a bien subi des essais sur béton pour en vérifier la qualité.  

Sauf erreur, l’étude ne fait mention d’aucun rapport d’expertise, de contrôle ou d’essais de contrainte par le Laboratoire du Bâtiment et des Travaux Publics (LBTP).

Les vendeurs de sable de mer ou lagonaire de la place semblent avoir réussi à palier certaines difficultés techniques liées à son emploi par le lavage et le triage sans qu’aucune étude à posteriori n’ait été encore réalisée sur des constructions édifiées trente, quarante ou cinquante ans en arrière. L’étude proposée fait mention d’un “sable propre voire très propre” avec “une granulométrie allant de très fine limoneuse à grossière”. L’impérieuse élimination du chlorure de sodium et l’uniformisation de la granulométrie imposent une unité de traitement.

9. L’unité de traitement du sable: la grande inconnue.

Le sable extrait du site projeté ne pourra pas être utilisé, ni commercialisé dans son état brut d’autant qu’il contient certainement une part importante de particules fines, et qu’il est, dans certains horizons, mélangé à de la terre ou à des dépôts de coques de coquillages. Il nécessite donc un lavage qui entraînera logiquement un rejet d’ eau chargée de matières en suspension et donc a minima des bassins de sédimentation, voire de décantation avec système de filtration du surnageant pour éviter un rejet dans le milieu naturel. Pour obtenir un produit conforme, le sable devra probablement subir des opérations de concassage et de criblage qui vont générer des nuisances sonores et des émissions importantes de poussières, donc une pollution atmosphérique non négligeable. Sauf erreur, l’étude ne mentionne pas l’installation d’une unité de traitement sur place alors que c’est un maillon indispensable du projet et dont l’impact peut-être considérable. Est-ce à dire que le sable sera traité sur un autre site. Si, oui, lequel? et où? Si le sable est traité sur place, où sera implanté l’usine de traitement qui nécessite une ICPE: sauf  erreur, l’étude ne fait aucunement mention de cet aspect réglementaire. Si le sable est traité sur place d’où proviendra l’eau nécessaire au lavage: pompage dans la Poméa, seul creek permanent proche du site de stockage? Forage puis pompage dans la nappe phréatique? Raccordement au réseau d’adduction d’eau public? Quels seront les besoins journaliers, hebdomadaires, mensuels, en eau? De multiples questions restent sans réponses.

10. Le marais artificiel: une fausse bonne idée?

La réglementation provinciale  en vigueur impose à tout exploitant, une obligation de combler l’espace laissé vacant par l’extraction du sable avec un autre matériau, généralement du schiste. Pour le projet en cours, il n’est pas prévu de réhabilitation du site par comblement mais par la réalisation “naturelle”, après confortement des “berges” d’un marais artificiel dont la mise en eau sera assuré par les réseaux aquifères côtiers. La réhabilitation consiste donc à “donner naissance à un marais qui consistera un nouvel écosystème attractif” (p.72). Il est même prévu l’installation d’un écopôle.  A aucun moment dans l’étude, il n’est fait mention de l’engagement de l’IRD, par simple lettre d’intention ou présentation en annexe d’un exemplaire de convention, concernant le suivi de la mise en eau et de l’évolution du marais. Pire, l’autorité provinciale se refuse d’appliquer à elle-même, une des dispositions de sa propre réglementation, sans que cela n’offusque qui que se soit! C’est grave dans la mesure où cet état de fait aura vocation à devenir un piètre contre-exemple et un élément de jurisprudence dommageable pour la puissance publique tout comme pour l’environnement, à quelques encablures d’un site classé au patrimoine mondial de l’Unesco!

Nous apprenons par ailleurs que le coût total de la réhabilitation est de 1,5 millions cfp avec un paysage remodelé et revégétalisé pour 28 hectares d’emprise foncière soit 535.712 fcfp/ha! (N’y a t-il pas une erreur de virgule? 1,5 million ou 15 millions?) alors que la remise en état de la route après roulage est chiffrée à 34,6 millions cfp soit 10.640 francs cfp du linéaire.

Dans ce cas précis, avoir l’illusion de vouloir recréer un marais naturel aussi proche de la mer, avec un biseau salé qui traverse la zone projetée d’exploitation, sur un fond clair dont le rayonnement solaire augmentera la température de l’eau dans un espace clos, non ombragé, de faible profondeur, n’aura qu’une seule conséquence, celle de former un cloaque qui contiendra une “soupe bactérienne”dont on ne saura que faire sinon de la remblayer après coup sur fonds publics. L’objectif final de cette disposition nouvelle est bien de consolider le profit de l’opérateur privé en le dispensant d’une contrainte réglementaire sous de fallacieux prétextes écologiques ou scientifiques destinés à apaiser les interrogations légitimes de quelques citoyens soucieux de la préservation de leur environnement.

11. Le roulage du sable.

Pour des motivations qui sont propres aux promoteurs du projet et à l’échéancier prévu, il est envisagé d’extraire le sable en l’espace de 6 à 7 mois pour le stocker à 3,5 km de là, dans une zone dédiée à partir de laquelle il serait ensuite traité puis évacué. Cette précipitation dans l’évacuation du sable va avoir pour principale conséquence une rotation de plusieurs dizaines de camions par jour. Si l’on ne prend pour base de calcul que la moitié du sable à extraire soit 500.000 m3. Cette masse à rouler représente 25.000 camions de 20 m3 chacun durant 6 mois, soit une noria de 190 camions/jour ouvré de 8h00 soit une moyenne d’environ 24 camions /heure: 1 toutes les 3 minutes! Si la base de calcul est d’un million de m3, cela représenterait 380 camions /jour ouvré soit 48 camions/heure: 1 tous les 90 secondes!

Si l’étude fait mention des mesures prises concernant les risques de fuite ou de dispersion des hydrocarbures dont la potentialité est jugée faible puisqu’elle ne pourra apparemment être liée qu’à la survenance d’un accident,  elle juge également que “les risques de contamination des nappes d’eaux souterraines par des infiltrations d’eaux souillées en provenance du site sera donc improbable” (p.63) par contre elle ne prend pas pleinement en considération les effets de lisières dû au dépôt sur la végétation riveraine de poussières qui entraînerait une diminution de la photosynthèse,  tout comme  elle  sous-estime l’impact  des gaz d’échappements  et  le bruit occasionné par le passage régulier des camions sur le parcours malgré l’orientation des vents dominants qui pousseraient les matières en suspension vers les collines du domaine.

III. Impact social et économique du projet.

1. Le sable de mer: l’or blanc.

Le volume de sable exploitable est évalué entre 600.000  et 1 million de m3 (études LBTP, 2005) ce qui correspond à une valeur marchande, au coût actuel du marché, entre 3, 3 et 5,4 milliards cfp. Les arguments entendus et avancés par les promoteurs du projet justifient son exploitation par le développement urbain d’une part et par la volonté de stabiliser les prix du sable pendant les 10 à 15 prochaines années. Certes, mais au moment précis ou s’achève cette enquête publique, il en est une autre qui débute pour un autre projet d’extraction défendu par la société Audemard, à Gadji, commune de Païta, pour du matériau calcaire, dénomination pudique, qui tente d’amoindrir ou de détourner judicieusement le réveil des consciences d’un autre foyer de contestation. Ce projet prévoit l’exploitation de plus de 700.000 m3 de sable sur 10 ans. Admettons qu’il arrive, comme celui de Déva sur le marché, l’argument sur la stabilisation des prix ne tient plus puisqu’un renversement de l’offre par rapport à une demande tendue aurait pour effet à court terme de faire baisser voire chuter les prix. Sauf, si la demande croît de manière importante.

Exploiter du sable est une somme d’avantages techniques non-négligeables qui rend son commerce attrayant et très profitable. Les exploitants nouméens contactés estiment grosso modo que le coût lié à l’extraction, au transport puis au traitement revient à 1000 fcfp le m3 (ou 1200 fcfp la tonne). Ce chiffre ne prend pas en compte les économies d’échelle réalisables voire l’optimisation des indispensables ruptures de charge dans certaines exploitations. Ainsi, plus le volume traité est important et plus le coût décroît pour atteindre le seuil difficilement franchissable des 885 à 920 fcfp le m3.

Vendre du sable, nous l’avons vu, est une activité qui ne connaît pas la crise. A raison de plus de 900 permis de construire délivré chaque année sur l’ensemble du pays pour des logements individuels ou collectifs et de la fièvre immobilière qui touche le Grand Nouméa depuis au moins 1999 et qui commence à faire frémir la zone  Voh-Koné-Pouembout, les opérateurs, aménageurs, promoteurs et autres constructeurs n’ont jamais assez de sable et naviguent, selon la formule, souvent à vue. Cette absence de lisibilité-sable sur le moyen terme peut avoir des effets dommageables sur le cycle du bâtiment en raison de la raréfaction de son matériau le plus emblématique et donc de son renchérissement élevé: au mois de juin dernier, le m3 de sable de mer se négociait autour de 8.400 fcfp (+ 60% par rapport au “cours moyen”!)

2. A qui profite le commerce du sable?

Le laps de temps très court à l’échelle de la vie d’une entreprise, réservé à l’extraction du sable, interdit d’emblée   la   mobilisation  d’un   nouvel   entrepreneur   intéressé par   le marché  voire  l’officialisation d’un regroupement des moyens et des hommes en vue de l’exploitation. L’entreprise soumissionnaire qui obtiendra le marché ne peut qu’être une structure déjà existante, ayant les moyens d’extraction et de roulage, disposant d’une expérience en la matière et présente sur le territoire de la commune de Bourail depuis de nombreuses années. On imagine mal, une entreprise spécialisée non-bouraillaise obtenir le marché. Il va donc de soi que seule 1 voire 2 entreprises bouraillaises au grand maximum ont les reins assez solides pour s’engager dans ce chantier important.

Les entreprises unipersonnelles ou les Sarl de taille réduite ne pourront que se regrouper autour d’une grosse société pour obtenir un contrat de sous-traitance pour la durée du chantier. Le commerce du sable va donc profiter aux grosses entreprises.

3. Le commerce du sable peut-il être assimilé à du pillage économique?

Après 6 à 7 mois d’exploitation, que restera t-il? Un trou béant en voie de remplissage dans l’espoir de voir se constituer un “marais écologique”, une montagne de sable sur une aire de stockage de 15 hectares avec des andins pouvant atteindre 7 mètres de hauteur située aux pieds des collines Tavéou et Nindua et une masse salariale distribuée aux employés de l’entreprise qui peut être estimée entre 30 et 35 millions cfp (20 employés x 250.000  fcfp x7 mois). Si l’on ajoute à cela, le coût d’exploitation de l’ordre de 600 millions cfp (600.000 m3 x 1000 fcfp), on peut avancer sans trop de risque d’erreur, un coût d’exploitation global de l’ordre de 630 millions cfp à 1,030 milliard cfp en fonction, bien entendu, du volume minimal ou maximal extrait.

Considérant le prix moyen du m3 de sable sur le marché entre 5.000 et 6.500 fcfp, le chiffre d’affaire potentiel peut être estimé entre 3 et 5 milliards cfp (hypothèse basse), entre 3,3 et 5,4 milliards cfp (hypothèse moyenne) et entre 3,9  et 6,5 milliards cfp (hypothèse haute). Le résultat net (chiffre d’affaire brut-coût d’exploitation total) s’élèverait donc à 2, 370 milliards cfp en hypothèse basse jusqu’à 5, 470 milliards cfp en hypothèse haute. La moyenne s’établissant à 3,920 milliards cfp! Si le nickel est l’or vert des massifs montagneux de la Grande-Terre, le sable est sans conteste, l’or blanc des plaines et des cordons littoraux de l’archipel calédonien. Son exploitation assure l’enrichissement et la fortune à son exploitant.

Qu’en est-il maintenant du partage de cette richesse au niveau communal, hormis la masse salariale dont une très large part sera consommée dans l’année suivant la fin de l’exploitation? Il est rageant de constater, une fois de plus, que les richesses extraites du sous-sol de notre pays, ne profite pas directement à l’ensemble de la population. Certes, on pourra arguer du fait que les Calédoniens, et par voie de conséquence les Bouraillais, bénéficieront indirectement de cette manne, par l’intermédiaire des impôts et taxes directes et indirectes (impôt sur les sociétés, taxe sur les carburants, etc.) qui permettront la réalisation d’aménagements collectifs, la construction ou la rénovation d’infrastructures publiques et le fait de pouvoir bénéficier d’avantages sociaux non-négligeables.

Mais  concrètement que restera t-il de visible, d’inscrit dans les mémoires, de présent dans les lieux? Des petits désagréments quotidiens (RM2 et RM3 défoncées par la hausse du trafic routier, chute de sable sur la chaussée) aux inquiétudes persistantes sur le devenir environnemental des zones impactées en passant par les frustrations alimentées par l’imagocratie (chère à l’écrivain Milan Kundera et dans une certaine mesure à Philippe Gomès, le président de la Province Sud) battue en brèche par la politique du réel ou plutôt par l’irruption brutale de la réalité économique et de ses contraintes difficilement compatibles avec les exigences environnementales; des citoyens floués  par  les  grands  principes prononcés  lors  de  grands discours ou  sont libérées  de grandes paroles  qui lorsqu’elles sont comparées immédiatement avec la réalité du terrain ne peuvent que faire naître une très large suspicion sur les véritables intérêts défendus par les soit disant représentants du peuple calédonien.

Quand   on   envisage   les   possibilités   d’investissements   à  destination   du  public qui seraient offertes   si seulement 10% du chiffre d’affaire total de l’exploitation serait reversé au budget municipal, on se prend à rêver d’une impérieuse adaptation de la fiscalité locale aux réalités de notre Temps dont un des chapitres pourrait être consacré aux retombées budgétaires sur le territoire des communes où sont exploitées les richesses offertes par la Nature.

Ainsi,   chaque   exploitant   de   nickel,   de   sable,   de   bois   ou   de  tout   autre agrégat indispensable au développement  économique  serait   contraint   par   une disposition   légale obligatoire   d’abonder  les   budgets communaux selon une assiette et une quotité qui restent à définir. Ainsi, pourrait être envisagée, une sorte de délibération 104 renforcée.

Alors seulement, et seulement si le partage des richesses pour le plus grand nombre est effectif et efficient, on pourra alors récuser l’idée de pillage économique. Pour l’instant, le commerce du sable est manifestement du pillage économique.

4. Un montage financier sujet à la persistance d’un doute.

Interrogé sur le sujet, les promoteurs du projet prévoit que 1000 fcfp par m3 ou tonne de sable extrait serait reversé à la Société d’Economie Mixte Mwé Ara dont le capital rassemble dans un premier groupe d’actionnaires: la   Province   Sud   et   la  commune de Bourail; et dans un second groupe:   la   société de financement et de développement de la Province Sud (PROMO SUD), le GDPL Mwé Ara, MM. Paul Maes et Tognignes Déa et Melle Olivia Bretegnier. Notons par ailleurs que l’un des objets de la SEM vise à “(...) valoriser les ressources naturelles (du site touristique et naturel et historique de Déva)” (article 2, alinéa 1 des statuts de la SEM, p.5) tandis qu’un autre précise que le développement et l’animation de Déva prendra “notamment   en  compte  la  préservation de l’environnement et le concept de développement durable” (article 2, alinéa 2); Enfin, toujours concernant la composition de l’actionnariat de la SEM, nous portons à la connaissance du public les éléments suivants:

- M. Paul Maes, actionnaire individuel de la SEM Mwé Ara est également pdg de la Société des Hôtels de Nouméa (SHN) partie prenante dans la Société Hôtelière de Déva (SHD) promotrice de l’hôtel 4*.

- M. Tognignes Déa, actionnaire individuel de la SEM Mwé Ara est aussi un des trois mandataires du GDPL Mwé Ara.

- La société de financement et de développement de la Province Sud (PROMO SUD), actionnaire de la SEM Mwé Ara est également actionnaire de la SHN.

Au sujet de l’extraction du sable et sauf erreur, l’avis d’appel d’offre public choisira l’opérateur qui sera disposé à reverser cette somme et à verser d’emblée une contribution financière de l’ordre de 300 millions cfp pour alimenter la trésorerie de la SEM afin d’engager les travaux dont elle aura la charge.

Qu’adviendra-t-il par la suite? La SEM est-elle assurée de la régularité et de la totale transparence dans les calculs de volume vendu qui détermineront en partie son financement? Qui contrôlera la pesée des camions sortants? L’opérateur privé qui alimentera aussi les caisses de la SEM? Comment déterminer avec exactitude le volume vendu chaque jour, chaque semaine, chaque mois, sur une période d’au moins dix ans et la transmission honnête des chiffres des ventes? N’y a t-il pas un risque de détournement de matériau à plus ou moins grande échelle et donc de falsification comptable? Sauf erreur, l’étude ne prévoit pas de mécanisme de contrôle accru en  la matière, se retranchant derrière la législation en vigueur.

La gestion  et  l’administration d’une  SEM  prévoit-elle une distribution des  profits (s’il y en a) à  ses actionnaires  dès   la première   année  d’exploitation?   Dans l’affirmative,  les 300 premiers   millions  de   chiffre d’affaire   de   la   SEM,   même si  ce  n’est   pas   sa vocation première,   peuvent-ils   être   alors   réparti  entre  les actionnaires? (article 10.1 des statuts de la SEM)

Au cours du conseil municipal spécial de la commune de Bourail, tenu le 7 août dernier et qui a approuvé à l’unanimité les statuts de la SEM Mwé Ara, le président de la Province Sud a évoqué l’ouverture rapide à un actionnariat populaire, si possible bouraillais, de la part détenue par la collectivité publique via Promo Sud à hauteur de 24,493% soit 6.613.000 fcfp. Initiative louable qui est cependant susceptible de comporter un risque de déséquilibre sachant qu’il est convenu que  “le GDPL bénéficiera d’un droit de préférence sur tout transfert d’actions devant intervenir au sein du capital de la SEM Mwé Ara” (article 1, p. 2 du protocole d’accord signé entre la Province Sud, le GDPL Mwé Ara et la commune de Bourail, le 6 août 2008, -non pas à Bourail comme  indiqué p. 5 mais dans les locaux de la Province Sud-. A cette occasion, peut-il y avoir une modification notable de l’actionnariat jusqu’à menacer l’équilibre des forces en présence, par l’irruption d’un actionnaire représentant une personne morale impliquée par ailleurs dans l’extraction du sable ou dans tout autre projet d’aménagement?

5. Possible ici mais impossible là-bas.

En 2007, un habitant de la pointe Vidoire à Bourail projetait d’exploiter, entre autres, du sable sur une parcelle dont il est le propriétaire. Le projet sans être gigantesque était de taille respectable. Il prévoyait sur plusieurs dizaines d’hectares et en l’espace de 10 ans, d’extraire 340.000 m3 de sable, 45.000 m3 de terre végétale et 247.000 m3 de schiste. Une ardente et efficace campagne d’opinion doublée d’une forte mobilisation de la population a mis en échec le projet, aujourd’hui enterré.

Ce projet intervenait moins de 6 mois avant les élections municipales de Bourail...

Pourquoi, M. Philippe Laigle n’a-t-il pas pu faire aboutir son exploitation de sable? Etait-ce parce qu’il ne faisait pas partie du sérail ou des milieux affairistes quasi mafieux des cercles de Nouméa? Etait-ce parce qu’il n’a pas voulu céder aux chantages de quelques politiciens véreux, salivant à l’idée même de pouvoir accorder les autorisations réglementaires qui allaient permettre après coup leur enrichissement personnel dans l’affaire? Voire le blanchiment d’argent sale via une participation même minime. Si l’exploitation du sable de Déva est accordée, quels seront les arguments des autorités compétentes pour refuser à M. Laigle, une nouvelle demande? Comment alors expliquer, sans rire, avec le plus grand sérieux, que ce qui est possible à Déva est impossible à la pointe Vidoire, à 10 kms de là...

IV. Impact humain et culturel du projet.

1. Un risque de “Devambezisation” du projet.

Le Groupement de Droit Particulier Local dénommé Mwé Ara (comme le nom de la Société d’Économie Mixte) a été immatriculé au registre du commerce et des sociétés, près du tribunal mixte de commerce de Nouméa, le 22 mars 2006. Ses représentants mandatés pour l’administration de la société sont MM. Tognignes Déa, François Avila et Blaise Moimbeu. L’extrait du RCS disponible sur simple demande auprès du greffe, par tout citoyen lambda, précise que l’objet social comme l’activité exercée est la représentation des clans en matière foncière.

Le monde kanak et son organisation coutumière n’étant pas considérés par nous comme un sujet tabou ou le domaine réservé des spécialistes (tout ce qui est de notre pays nous intéresse), nous espérons fortement que tous les clans, intéressés de près ou de loin à l’occupation ancienne du domaine de Déva, connu aussi sous le nom de pays d’Ara et pouvant faire valoir une assise foncière avérée par un lien totémique et confortée par la toponymie des lieux, reconnue par tous les autres clans aient été clairement et sereinement identifiés et acceptés par tous dans un large consensus. Cette acceptation doit permettre à chacun d’avoir sa place et donc de connaître son rôle afin de garantir au regard extérieur que la composition élargie, et pas seulement administrative du GDPL, soit réellement l’émanation, la reconnaissance et la représentation de tous les lignages concernés. Étant bien compris et pesé que l’exclusion volontaire ou fortuite d’un clan ou d’un représentant d’un clan pouvant à tout moment obérer de manière temporaire voire définitive la viabilité de tout projet. Les très nombreux exemples en la matière, au cours des quarante dernières années, ne peuvent qu’inciter à la prudence et prier humblement les responsables du GDPL à faire tout ce qui est en leur pouvoir pour assurer la représentation de tous. Les remarques de M. Eric Paimbouc, représentant du clan Paouro mais surtout les observations de M. Charles Gaspard, chef du clan Arou, inscrites dans le registre, démontrent la persistance de sérieuses divergences de fond quant à la légitimité du GDPL et expriment de fortes réserves à l’encontre du  projet d’extraction de sable.

Nous ne pouvons que constater l’absence de difficultés visibles quand les projets ne génèrent pas ou peu d’argent à se répartir et le mûrissement de rancœurs pouvant entraîner un déchaînement de violence et de haine quand des projets entraînent dans leur sillon des sommes d’argent importantes. Le commerce du sable va générer des sommes d’argent colossales.

Les velléités non, ou pas encore, ou trop peu assouvies peuvent entraîner de la part des personnes qui se sentent trompées, déconsidérées, humiliées, oubliées par un quelconque aspect annexe ou connexe au projet, peuvent contre toute attente rétablir les équilibres initiaux ou les positions originelles, le plus généralement par voie d’incendie: c’est cela le risque de “devambezisation”. Néologisme constitué à partir du déplorable épisode de la mise en valeur précipitée (donc sans concertation suffisante des clans impliqués) du domaine et du “château” Devambez, au sein de la tribu de Ouitchambo à Boulouparis. Aujourd’hui, le modèle de développement éco-touristique repose, hélas, sous un tas de cendres et de gravats, au grand dam de tous.

Un risque identique et réel existe concernant le projet d’extraction de sable tout comme les projets de construction des hôtels.

2. Que vaut un projet grandiose en période pré-électorale?

Au cours de la première semaine de l’enquête publique, environ 4000 exemplaires d’un superbe livret de 36 pages intitulé “Domaine de Déva, le sanctuaire nature” ont été distribués dans les boîtes postales des habitants des communes de Boulouparis, La Foa, Sarraméa, Farino, Moindou et Bourail. L’objectif visait à informer le plus large public, résidant dans le bassin d’emploi, sur le projet de mise en valeur du domaine provincial de Déva.

A quelques mois du renouvellement des assemblées de province en mai 2004, l’ancien exécutif de la Province Sud avait vendu à un entrepreneur privé une partie du domaine de Déva pour y réaliser la plus grande ferme d’élevage de cervidés du Pacifique Sud. Un autre projet prévoyait également la construction d’une marina à l’emplacement actuel du “champ Barbier” site d’extraction du sable. Vente heureusement annulée par des recours de particuliers devant le Tribunal administratif sous le motif que le foncier avait été cédé "à vil prix". Des promesses de session de 10 à 20 hectares de parcelles avaient aussi été proposées aux détenteurs bouraillais d’abri de fortune et de cabanes de vacances sur le littoral de Déva: elles n’ont entraîné que leur multiplication ( de 17 à plus de 43) sans que Jacques Lafleur et le RPCR ne recouvrent une majorité à l’assemblée de la Province Sud. Vu les prochains enjeux électoraux, il est compréhensible de tempérer  les  ardeurs   communicantes   et   les  grandes envolées lyriques des  actuels   promoteurs   du   projet   global d’aménagement du domaine de Déva dont le premier chantier, celui de l’extraction de sable, peut être considéré comme le péché originel et un contre-exemple potentiellement lourd de conséquences.

En conclusion.

Il existe des alternatives à l’utilisation du sable de mer: le sable de rivière et surtout le sable obtenu après concassage. Que l’on songe par exemple au sable qui engorge les estuaires, ou qui bloque les embouchures, aux galets qui encombrent le lit des rivières et qui entravent l’écoulement des eaux. Toutes ces ressources seraient disponibles moyennant un traitement largement maîtrisé. Le sable de rivière ou le concassage des galets de rivière ne nécessitent pas de lavage préjudiciable à la ressource en eau et n’entraînent pas de pollution induite. Nous sommes en mesure d’affirmer qu’il existe des procédés permettant la production quasi illimitée de sable de bonne qualité   aux   qualités   agréées.   Le   sable   de   mer   n’est pas   une  ressource renouvelable.   Son exploitation ne relève donc pas d’une activité de développement durable.

Compte tenu de l’impact des carrières de sable de mer sur les milieux, nous considérons qu’il convient de mettre un terme à ce type d’exploitation. Par conséquent, et compte-tenu de toutes les observations et remarques formulées ci-dessus, nous exprimons notre opposition au projet d’exploitation d’une carrière de sable à Déva.

Olivier Houdan, citoyen calédonien,

adjoint au Maire de Bourail chargé de l'environnement et du développement durable,

octobre 2008.

 

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