« Un jour, ma grand-mère Léotilde tombe bien malade et pendant longtemps.
Sa famille veille sur elle dans un endroit appelé “Porrowé” à la tribu de Kikwé, sur les hauteurs de la région de Buraï.
Mais sa maladie s'aggrave.
Comme de tradition, on la sort de la case au cours de la journée afin qu'elle se tienne debout sur la pelouse. Cette manière de faire permet d'apprécier l'état du malade et d'évaluer l'opportunité ou pas de faire le fameux remède. La méthode consiste à voir dans les traces de ses pas sur l'herbe fraîche, si une ou plusieurs toiles d'araignée vont être tissées au cours de la nuit suivante. La famille de Léotilde l'a raccompagne dans la case pour le soir et on veille sur son sommeil. Le lendemain matin, tous sont sortis pour constater, en effet, la présence d'une toile d'araignée dans ses empreintes de pas. Le présage tant espéré s'est révêlé. Léotilde, pour recouvrer sa santé, peut et doit même boire le médicament.
Au cours de la nuit suivante, mon propre père fait un rêve. Il rêve que son père, mon grand-père donc, est debout sur le seuil de la porte. Il tient dans ses mains, un petit couteau et un morceau de liane que l'on trouve en forêt. Et mon grand-père lui montre et insiste sur ses deux objets.
Le lendemain matin, ma grand-mère Léotilde se réveille suivit de mon père qui aussitôt lui raconte le contenu de son rêve: son père debout, le couteau, le morceau de liane. Parlant à sa grand-mère, il lui demande si elle connaît cette liane.
- “Oui, je connais cette liane” lui répond Léotilde en précisant “qu'elle contient le fameux médicament que ton père t'a montré cette nuit.”
Sans tarder, mon père part en forêt à la recherche de la liane qui guérit. Pour ne pas risquer de refaire le trajet plusieurs fois, il prend soin de couper et de rapporter trois morceaux de lianes de différentes sortes. De retour devant sa grand-mère, après plusieurs heures de marche, il lui présente les trois segments de liane et immédiatement Léotilde se saisit de celle rêvée par son regretté époux, en affirmant de vive voix afin que tout le monde puisse entendre: “Voilà, c'est ça mon médicament!”.
Alors mon père prépare le remède et l'administre à sa mère. Après une bonne nuit d'un sommeil réparateur et bénéfique, grand-mère se lève de bonne heure et quand tous les autres se réveillent à leur tour, Léotilde marche dans la cour d'un pas assuré, profitant de la douce chaleur des premiers rayons du soleil.
Elle est guérit.
Depuis ce jour, ce médicament profite à beaucoup d'autres personnes et continue d'être utilisé pour le bien de tous. »
Récit de Monsieur Blaise “A'bwi” Mwâbé aimablement communiqué par Monsieur Raymond Aï, petit-chef de la tribu de Pothé, enseignant et vacataire en langue et culture régionale au collège Louis-Lépold Djiet à Bourail et à l'Université de la Nouvelle-Calédonie.
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