“En traversant le “pont du Faucon”, nous avons aperçu sur l'autre rive les contours d'un nouveau pays, où les emplois seraient offerts en priorité à la main d'oeuvre et aux diplômés locaux, où toutes les ethnies confondues travailleraient ensemble à la construction d'une nouvelle société néo-calédonienne plus juste, plus égalitaire, plus solidaire.
En traversant le “pont du Faucon”, nous avons vu un projet économique majeur dont les bénéfices serviraient à créer d'autres emplois ailleurs, à créer d'autres projets sur cette côte Est dont on dit de la population qu'elle est “si misérable”...
En traversant le “pont du Faucon”, nous avons sincèrement souhaité la réalisation d'un projet de société dont le capital serait ouvert à tous, où chacun apporterait sa contribution, ses efforts et son travail pour le bien de la communauté et non pas pour l'intérêt particulier d'un homme, d'un groupe ou d'un parti.
En traversant le “pont du Faucon”, nous avons pensé au nouveau visage d'un pays où la richesse extraite du sous-sol ferait la prospérité et le bien-être de chaque famille, où les profits engendrés ne s'évaporeraient pas sous des soleils étrangers, où la Politique servirait seulement à gérer le pays et à servir son prochain et non pas à l'asservir et à se servir.
En traversant le “pont du Faucon”, nous avons rêvé d'un pays où les dirigeants auraient placé au premier rang de leurs préoccupations la protection de l'environnement et le respect de la terre nourricière des vivants et litière des ancêtres.
En traversant le “pont du Faucon”, nous avons vu l'histoire donner raison au Peuple et des conservateurs essayant au pied d'une pile de l'ouvrage d'attirer la foudre de leur rancoeur aigrie qui ne leur répondait plus.
En traversant le “pont du Faucon”, nous avons entendu le déchaînement du mépris d'un pâle diamant sans éclat perdant de son carat et de son charisme.
En traversant le “pont du Faucon” pour nous diriger vers la rive opposée, nous avons médité cette phrase d'Henry Cabot Lodge: “Les hommes d'affaires, sauf rares exceptions, sont pires que les autres quand ils veulent s'occuper des questions d'ordre politiques”...
Le “pont du Faucon” est la traduction de Falconbridge.”
Olivier Houdan
Article publié dans la rubrique “Libre expression” du défunt journal “Le Quotidien Calédonien”, le 26 juin 1996.
