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Didier Poidyaliwane (15 mars 1966 - 12 janvier 2022)

Didier Poidyaliwane (15 mars 1966 - 12 janvier 2022)

De l'avis unanime de celles et ceux qui l'ont côtoyé, qui se sont entretenus avec lui, qui ont travaillé à ses côtés, Didier était, dans ce monde politique où l'égo est un jeu de destruction, Didier était un véritable âtre humain, un foyer de convections aux braises apaisantes dont la douce combustion éclairait les esprits autant qu'elle réchauffait les coeurs. 
Didier était un irradiant. Ses origines, son terroir, sa famille et sa parentèle élargie, son éducation, son parcours, ses convictions au service d'un idéal avaient patiemment constitué en lui, au plus profond de sa chair, de son coeur et de son esprit, un état. Un état d'âme qui le rendait souverain. Il rayonnait naturellement et il irradiait en profondeur. Ses mots choisis et sa grande qualité d'écoute, nés des valeurs et des principes qui l'animaient, infusaient la conscience de toutes les personnes qu'il soutenait en dialogue, qu'il accompagnait en projet. Didier ne laissait personne indifférent. Il fournissait de l'inspiration à chacun de ses interlocuteurs en leur faisant oublier le strict périmètre de leur cage thoracique. Il insufflait à leur respiration habituelle, un volume supplémentaire, un surplus d'oxygène. Ainsi, il rassurait son auditoire et l'encourageait à vouloir et à pouvoir être acteur d'une évolution et d'un changement. En fait Didier avait trouvé la formule qui permet de nous accorder autour de notre singulier pluriel.
Dans le champ du Politique qu'il cultivait depuis son adolescence à l'ombre des grands kaoris du pays Paîcï qui lui révélèrent tant de fraîcheur et de droiture et qui lui confièrent tant de récits et de combats, Didier ne pouvait pas concevoir l'engagement sans y adjoindre l'action. Jusqu'à les confondre. Agir sur le terrain comme dans les institutions avec la même constance et la même ardeur: penser d'abord, échanger ensuite, décider enfin, et faire: tel fût son quadrige. Tel était son véhicule. Avec pour seul carburant, le travail, le travail, le travail. Cette somme d'efforts consentis, acceptés et assumés, de sacrifices aussi, d'abnégations souvent, de volonté toujours l'ont amenés à occuper plusieurs sièges dans les conseils et assemblées de notre pays. Et chacun de ces fauteuils ne furent jamais des strapontins dans l'allée centrale du bus. C'était à chaque fois le siège du chauffeur responsable. Celui qui entretient le feu sacré et conduit une destinée. A la différence de certains autres, les siens de sièges, n'ont jamais été usurpés ou confiés par défaut, cédés par dépit, donnés par caprice ou attribués par népotisme. Comme tous les Paîcï qui se respectent car ils respectent l'ordre des Êtres et l'ordonnancement des choses, Didier était bien assis, là où il devait être assis. 
Didier était un terrien. Un homme de sa terre. Un homme de notre terre. Sa formation initiale et l'ensemble des enseignements, des connaissances, des méthodes et des expériences qu'il a accumulé, pendant plus de trente ans, apprenant de tous, en tous temps et en tous lieux, il les a mises au service de son pays et de ses populations. Il avait chevillé au corps, l'intérêt général et le bien commun dont il ne s'écartait jamais. Il tenait également en haute estime les gardiens de sa terre et les gardiens de l'eau. Ceux qui étaient en une même position, à la fois dans l'espace et dans le temps, assis sur leurs tertres et en même temps debout sur leur terre. Légitimes et légitimés. Libres et libérés.  
Et puis, comment ne pas tenir compte du clin d'oeil du destin. Didier est parti un douze janvier, comme Eloi Machoro et Marcel Nonaro 37 ans auparavant Le premier avait brandi le tamioc. Didier avait préféré lever le stylo. Permettez-moi également d'avoir une pensée pour notre ami Roger Pouityéla, un autre enfant de Tiwaka, parti il y a 3 mois à peine. Il seront bientôt l'un et l'autre, sur une rive de cette grande rivière qui les a vus naître et grandir.
Enfin, nous ne pouvons terminer cet hommage sans y associer sa famille, ses frères, Luc et Antoine, ses parents, ses oncles utérins, toutes celles et tous ceux qui ont constitué son socle personnel sur lequel il s'était bâti et avait pu construire sereinement et patiemment, la case de la paix, c'est-à-dire celle de la reconnaissance mutuelle. Honorons également Natacha l'alter égo de Didier dont elle fût le point des “i” sur les verbe “aimer” et "réussir". Force et courage à toi qui devra désormais marcher seule dans le sillon tracé par Didier. A vos enfants qui sont les vibrations de vos coeurs battants, soyez assurés que votre papa était fier de vous et enjoué de vous voir embrasser la Vie avec ardeur et confiance. A Paul et Chantal, ses beaux-parents toujours présents, toujours bienveillants. 
Didier, le moment est venu de nous quitter. De nous quitter physiquement. De nous quitter visuellement.
Nos regards ne se croiseront plus au dessus de nos poignées de mains. Désormais quand chacun d'entre nous voudra te voir, il faudra soit fermer les yeux et se rappeler les souvenirs des instants passés ensemble, soit feuilleter les albums des photos familiales ou plus sûrement, consulter les traces et les capsules numériques de ton empreinte sur internet. Ainsi est le monde d'aujourd'hui. Je laisserai le mot de la fin à l'écrivain Jean d'Ormesson. Voici ce qu'il déclarait dans son discours de réception à l'Académie française le 6 juin 1974 et qui résume bien ce que nous sommes présentement en train de vivre, là, maintenant, tous ensemble: “Il y a quelque chose de plus fort que la mort : c’est la présence des absents dans la mémoire des vivants et la transmission, à ceux qui ne sont pas encore, du nom, de la gloire, de la puissance et de l’allégresse de ceux qui ne sont plus, mais qui vivent à jamais dans l’esprit et dans le cœur de ceux qui se souviennent.”

Au revoir Ao Didier!

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