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L'histoire de la destruction des tribus de Déva.
L'histoire de la destruction des tribus de Déva.

Déva est une grande région très peuplée. Il y a une douzaine de tribus avec beaucoup d'habitations. Ceux qui y vivent sont considérés comme de farouches guerriers qui ont de multiples liens vers le Nord mais aussi vers le Sud. Cette région est aussi un lieu de rencontre et d'échanges depuis des temps immémoriaux tant et si bien que ces échanges se sont mués en liens claniques, familiaux et fraternels. C'est au nom de ses attaches et des paroles et engagements qui les enserrent que les gens de Déva guerroient souvent, marchant vers des zones de conflits, rejoignant leurs alliés.

Déva est un endroit où pousse la nourriture et où grandit la vie. Il y a beaucoup de zones de cultures. Et puis, on y consomme autant les produits de la mer que ceux de la montagne. On y prononce le nom “Méaa” qui signifie la pêche au crabe que l'on pratique vers le Sud de la région. Ce nom à traverser les montagnes jusque vers Houaïlou où il s'est enraciné. On nomme aussi cette région, “Dowo” qui veut dire, les traces laissées par les cultures d'ignames et de taros, c'est-à-dire les tarodières et les billons même si aujourd'hui l'eau manque. En raison de la grande capacité de ses habitants à cultiver la terre, c'est un lieu où il y a à manger et où personne ne souffre de la faim.

Quand les militaires sont venus, les gens de Déva les ont vus, puis les militaires sont partis vers leur caserne construite à Poya, à l'endroit appelé Chardar. Là-bas, les militaires ont molesté les filles et les femmes de Poya jusqu'à provoquer la colère des gens de Poya qui ont attaqué le poste militaire. Les gens de Poya ont envoyé une monnaie à ceux de Déva et ces derniers se sont préparés au combat et ont rejoint les clans Kavitjaa et Nekuri'ai pour ensemble prendre d'assaut le campement militaire. Ils y ont tués des militaires dont des Tahitiens qu'ils ont coupé en morceaux et traînés dans la proche rivière. Après avoir pris les fusils des morts et détruit la caserne, les gens de Déva sont restés dans les parages tandis que d'autres allaient vers Mofawé et d'autres tribus. Des militaires sont venus et ont accosté dans le chenal où est le caillou à l'embouchure du marais Fournier. Ils sont attaqués les nôtres sur le bord de mer avant de remonter vers les vallées connues aujourd'hui sous les noms de “Vallée tabou” et “Vallée taro”. Les gens de Déva ont résisté aux soldats grâce aux fusils pris aux militaires à Poya et ils les ont combattu en montant tandis que les enfants, les femmes et les vieilles avaient déjà été évacués vers les chemins menant à Poya et à Houaïlou. Les guerriers de Déva sont montés jusqu'au caillou, là-haut sur la crète appelé “Nerrëgau”, ils sont entrés dans une grotte. Ils ont résisté durant trois jours puis faute de provisions, ils se sont échappés alors que la troupe tirait au canon vers leur repaire et le long de la rivière de Déva. Parvenus à l'embouchure, ils ont pris une pirogue jusqu'à la pointe “Médeaa” et au passage entre les deux cailloux, nos sept guerriers se sont fait prendre par les militaires. Les prisonniers ont été emmenés jusqu'à la Roche Percée où leurs têtes ont été coupées et jetées à la mer. A Déva, les tribus ont été réduites en cendres et détruites, la population a marché sans s'arrêter vers le Nord et vers le Sud, jusqu'à Poindimié, Touho et même Hienghène. Ceux qu'on appelle “Kuijaa” sont des membres de nos familles avec lesquels ont se rencontre de nouveau, aujourd'hui, pour lever le bois totem et pour l'inauguration des bureaux.

Alors, je leur dis à tous, ceux de la Province et du Gouvernement, tout comme nos politiques et nos coutumiers, je leur dis que nos pères et nos grands-pères sont partis de Déva en pleurant. Les grands -mères aussi sont parties en pleurant avec leur petits-enfants dans les bras. Alors si on se rencontre tous aujourd'hui, c'est pour faire un nouveau pays à nous, pour qu'il y ait la vie, pour que nos enfants vivent là et que cette terre soit notre force dans les jours, les mois et les années à venir. Borowi.

Récit offert en partage par M. Blaise Moimbeu, au moment de l'inauguration des bureaux de la SEM Mwé Ara et aimablement communiqué par M. Raymond Aï, chef de la tribu de Pothé à Bourail.

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